Tribune Bulletin côte d’azur

ARTICLE LA TRIBUNE du 27-11-2015

Ragni, l’industrie en pleine lumière

S’il fallait un exemple de l’industrie azuréenne dont on parle tant, c’est bien celui-là. Dans les faits, dans l’esprit, et surtout dans l’avenir, avec de bien belles perspectives de développement.

Que de chemin parcouru pour Marcel Ragni, à la tête du groupe familial depuis 2008, échaudé dès ses premiers pas par une crise que l’on sait aujourd’hui persistante, mais qui pourtant ne l’aura en rien découragé. Chez les Ragni, on n’est pas de ce bois-là. Ni fatalistes, ni optimistes, plutôt terriens, pragmatiques, bosseurs. Lucides dans le sens étymologique du terme, du latin lucidus, brillant, éclairé, « chez qui la lumière de la raison existe » nous dit Littré. Quatre générations déjà de clairvoyance, solidement implantées entre Cagnes et La Gaude depuis 1927, lanterniers réputés devenus grands spécialistes de l’éclairage public option innovante et résolument économique en énergie. Bien positionnée sur l’international, avec des opportunités concrétisées en Europe de l’Est, en Afrique, aux USA où depuis quelques mois officie Ragni Lighting, une belle filiale du côté de Denver (Colorado). Ragni SAS continue sa route au rythme de son coeur azuréen et de la « transition éclairagiste » mondiale. Avec paradoxalement, au niveau local, un énorme succès… d’estime sur son créneau très pointu de la conception et distribution de matériels d’éclairage public ultra-performants. Qu’importe, le virage se profile et Ragni SAS est prête. Mieux, elle s’organise : rachat d’une entreprise ciblée sur le marché du solaire près d’Angers dans le Maine-et-Loire, et même un projet de développement in situ avec un permis déposé il y a quelques jours pour la réalisation d’une flambante unité de 4.000m² en complément de l’usine existante, à la frontière entre Cagnes et La Gaude. Gourmand, Marcel Ragni?? Certainement, mais dans le bon sens du terme, en bon épicurien de l’industrie et du Made in France. Son « think global, act local » personnel.

En son château, le seigneur des Vaux

Une filiale spécialisée dans l’énergie solaire, c’est top… Mais la maison Ragni, pour passer le cap des 90 printemps, s’offre aussi un nouvel écrin pour réorganiser sa production.

1927 – 2017 : c’est à l’aune des décennies que l’on apprécie l’industrie… Pour Ragni, la dernière ligne droite avant le siècle sera marquée par un événement d’envergure, même si pour l’heure, l’on ne parle que de projet. Marcel Ragni est un prudent, et pour arriver dans les temps, sa demande de permis de construire vient d’être soumise aux collectivités compétentes. En jeu, un bâtiment flambant neuf de 4.000m², en contrebas du siège actuel du Vallon des Vaux, pour un investissement total de 4M€, dont 1,8 million déjà mis sur la table pour l’achat du terrain de 7.000m². «Dire quedans les Ardennes, on me proposait bien plus grand pour presque rien…» soupire Marcel Ragni, une tentation refoulée illico par son envie de rester fidèle aux racines familiales et par son désintérêt manifeste de la chose purement financière. La société déploie pour l’heure sa production sur 18.000m², sur Cagnes/La Gaude, Tourrettes, dans le Var à moindre échelle, «et ce projet qui sort de l’étude va dans le sens de nouvelles ambitions pour la vie de l’entreprise, avec beaucoup de place pour l’humain, pour la technique, et bien sûr pour les économies d’énergie.»

Même ici, hors champ de compétence, Marcel Ragni garde ses convictions : le projet a été peaufiné en local, à Cagnes, par l’Atelier Mercier. «Nous sommes nés ici, nous avons grandi ici, nous avons construit ici et c’est ici que nous investissons.» Au mur de son bureau, une photo des années 70, en noir et blanc, des ouvriers, du métal, et tout au fond dans sa blouse grise, Marcel Ragni, tout jeune chef d’équipe, au plus près de «ses» hommes. «En 2008, quand j’airepris l’entreprise et que la crise est arrivée, j’ai eu très peur. Peur qu’il faille se résoudre à un plan social. Je l’aurais très difficilement supporté, il n’y aurait pas eu pire échec que celui là…» En lieu et place, Ragni SAS a conforté sa position en misant sur l’export, avec une sensible croissance au rendez-vous, et un résultat net de 2,4M€ en 2014. Gestion de l’éclairage public ou de l’entreprise, même combat. On innove, on investit… et on avance.

Ragni (06) / Novéa Energies (49), un mariage de raison

Quand un solide et pérenne fabricant français d’éclairage public prend sous son aile une ex-jeune entreprise innovante spécialisée dans les solutions d’éclairage autonome (le solaire en particulier), les perspectives sont nombreuses et les atouts décuplés.

Comme souvent avec Marcel Ragni, tout est question d’opportunité et de timing. C’est sur le salon des Maires 2014, dédié aux collectivités et à leurs fournisseurs, qu’il rencontre les dirigeants d’une société créée en 2007, jusqu’alors concurrente, détentrice de nombreux brevets sur le segment du solaire, mais un peu freinée dans son développement par le manque de financements. De son côté, Marcel Ragni est en recherche de nouvelles technologies capables d’étoffer ses gammes de matériels, et se sait un tantinet négligeant sur le segment de l’énergie solaire, malgré de beaux marchés déjà remportés, en particulier au Sénégal où Ragni SAS a installé un bon millier de candélabres fonctionnant à la plus renouvelable des énergies. «Nous le savons, notre structure n’est pas assez développée pour répondre à la demande des collectivités en recherche active d’économies d’énergie.» Surtout avec 30% du chiffre d’affaires réalisés à l’export, où le solaire est souvent mieux accueilli qu’en France. Les raisons?? «Un manque flagrant de qualité et de fiabilité sur les premiers essais. Les mauvais retours d’expérience des produits d’importations, chinois en majorité, jouent en notre défaveur… C’est bien beau de fabriquer pour moins cher, encore faut-il que ça fonctionne.» Alors Marcel Ragni mise sur une fabrication centrée sur la France, sur un SAV réactif, sur des études préalables qui préfèrent stopper un éventuel marché plutôt que de promettre… la pleine lune toute l’année.

« Un challenge »

Toutefois, la décision de prendre la majorité dans une société distante n’est pas anodine : «oui, c’est un challenge, oui c’est un investissement(nous n’en saurons guère plus NDLR), mais oui, ce rapprochement va nous permettre d’optimiser nos offres sur le marché de l’éclairage solaire et intelligent. La complémentaritéest évidente, et surtout les valeurs sont communes.» Et puis, il y a sans nul doute une once de stratégie en filigrane : pourquoi laisser la prometteuse Novéa aux mains de financiers, au risque de la voir se développer et gonfler la concurrence, déjà rude?? «Au lieu d’en faire un concurrent, nous en faisons un partenaire». Tout en sachant que dans son secteur de niche, Novéa est largement au dessus du lot, avec des produits aboutis, reconnus, un marché à la croissance exponentielle sur des continents comme l’Afrique, où Ragni et Novéa sont parties ensemble pour une tournée commerciale d’envergure. Il faut dire qu’en Afrique, c’est désormais une obligation, les collectivités sont tenues d’intégrer une part d’énergie renouvelable dans leur budget… D’où un solide attrait pour le solaire. «Entre Ragni et Novéa, c’est un mariage intéressant car nous travaillons un peu de la même façon. Deux entreprises familiales avec des valeurs humaines fortes, cela va créer de belles synergies, avec une envergure qui va pouvoir permettre de proposer de la quantité pour faire face à la demande. La famille s’agrandit…» En restant francofrançais, un souhait affirmé pour Marcel Ragni, persuadé de l’importance qualitative du produit. «Quand on propose desbatteries au lithium d’une durée de vie donnée à 20 ans, garanties sur 10 ans, ça ne peut que rassurer le client. Et Novéa sait faire.»

A l’angevine l’ouverture sur des fournisseurs moins gourmands et sur les volumes grâce au passeport Ragni, à l’azuréenne le positionnement solaire délégué et l’innovation intégrée, pour se concentrer sur le côté connecté de la force. Avec une petite surprise au bout du contrat de mariage : «la découverte d’un territoire assez similaire au nôtre en termes d’innovation, avec une technopole, une French Tech, un vivier de potentiels partenariats scientifiques…»

Après la noce, le négoce

Et si Marcel Ragni n’était pas la semaine dernière sur son stand à Industria, c’est qu’il officialisait son union avec la belle Novéa.

Un an pile après le coup de foudre. «Le but, c’est bien sûr de développer cette société. Nous ne savons pas encore à quel rythme, tout évolue tellement vite. Aujourd’hui, même dans le solaire, on commence à parler de décoratif, d’esthétisme… La bonne nouvelle, c’est que Novéa est installée au coeur d’une zone d’activités dans des bâtiments qui sont susceptibles d’être agrandis, jusqu’à 1.000m², il y a de l’espace à prendre si les besoins sont là.» Avec 1,4M€ de chiffre d’affaires pour une dizaine de salariés, l’épousée n’est pas encore sur le grand braquet. Et quand on sait que les 1.000 candélabres sénégalais by Ragni ont rapporté quelque 2M€ de chiffre, tous les espoirs sont permis pour que la jouvencelle se muscle rapidement. «C’est en tout cas ce qu’on espère. Ce que l’on veut, c’est vraiment devenir les leaders sur le marché du solaire, en restant made in France.» Un positionnement qui fait parler : la concurrence est aux aguets, les élus largement sollicités par des syndicats dédiés de plus en plus actifs. Et la COP 21 qui débute ne fait que conforter la vocation désormais première de Ragni SAS qui, avec ses 31,6M€ de chiffre d’affaires en 2014, continue sa croissance, calme et tranquille, mais loin d’être endormie.

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